Vous êtes nombreux à m’avoir demandé ça et là ce que je pensais du spectacle de Zazie à l’Olympia. J’ai attendu d’en avoir vécu plusieurs pour pouvoir écrire. Je vous précise deux choses :
- Je n’avais strictement aucune info de plus que vous avant d’assister à la première, à Colombes. Je nageais dans le noir complet.
- J’avais prévu de voir en tout et pour tout deux spectacles : la première à Colombes (92), donc, et puis un Olympia trois semaines plus tard, le 14. J’avais acheté mes propres places cet automne, sans rien demander à personne. Parce que j’aime bien ne rien devoir à qui que ce soit, aussi, parfois.
J’ai au final vu le concert de Zazie huit fois. Une fois à Colombes et sept fois à l’Olympia, donc cinq d’affilée (une petite folie, non ?). Elle m’avait elle-même plus ou moins déconseillé de venir, ajoutant d’une voix inquiète/surprise :
- Ce n’est QUE moi, vous savez…
Oui, je savais. Mais j’avais besoin de comprendre, aussi. On ne passe pas autant de temps sur un projet, ici, ailleurs, sans avoir le besoin de le voir voler de ses propres ailes, une fois, deux fois, huit fois. Certes, je n’ai pas écrit de chansons sur cet album. Je n’ai pas joué de musique sur cet album. Je n’ai pas au sens strict du terme participé à la création de cet album mais…j’ai parlé ici, ailleurs, sur le web, sur le papier, à des gens, en vidéo ou à la radio, de cet album et de l’artiste derrière. Je suis même physiquement présent sur le DVD offert avec le 14 titres. Dans la tête des gens, depuis 13 mois, je représente un accès direct à cet univers, cette personne, ces chansons. Une sorte de porte-parole du gouvernement Zaziesque. Que je le veuille ou non, qu’elle le veuille ou non, que cela soit vrai ou pas, que cela soit son souhait, le mien ou pas. Magie des réseaux sociaux et du web : pour les gens, je bosse “avec” Zazie.
J’ai souvent rectifié : non, j’écris pour elle sur son blog, je tiens juste les clefs de la porte d’entrée (et encore). Je suis dans la guérite. Et puis un jour, fatigué de nier ou acceptant une tâche qui, finalement, ne m’usait pas réellement, j’ai accepté votre regard, votre interprétation et vos commentaires (ou ceux des journalistes).
Depuis je l’appelle “La Patronne”, sur les réseaux sociaux. Conséquence assez hallucinante de cette semi-plaisanterie : plus personne ne m’a jamais posé la moindre question sur notre relation. On part du principe que Zazie est réellement dans un bureau non loin de moi. Les gens/fans m’avertissent quand “La Patronne” passe à la télé (c’est adorable…mais je ne passe pas ma vie à la regarder) et d’autres m’appellent en direct, parfois, pour des questions assez amusantes : c’est “Ma Patronne”, quoi. Forcément, pour eux, c’est un boulot, un job, une forme de sacerdoce (je pousse, là) mais sûrement pas un hasard ou un truc fait simplement pour le fun. Entendons-nous bien : c’est fun, aussi, oui. Mais pas tout le temps car j’ai un métier à côté, métier que j’adore et qui consiste à valoriser 250 artistes dans une grande maison de disques. Zazie est une des 250…mais elle est la seule sur qui je passe autant de temps.
Ça tombe bien : j’aime sa musique, j’aime son univers. J’aime sa personnalité, aussi, même si ça compte peu dans l’histoire. Oui, oui. Elle pourrait être la pire des odieuses que j’aimerais quand même son travail : je veux pouvoir faire le distinguo entre l’artiste et l’œuvre, c’est important, pour moi. Dans ce cas précis, je reconnais que la personnalité de Zazie (fantasque et timide, exubérante et attentive, précise et perfectionniste, drôle et grave à la fois) joue beaucoup dans l’affection que je lui porte. Cela aide à me faire aimer sa musique…même si tout ce que j’entends ne me plaît pas. J’ai mes goûts à côté, vous le savez. Je reconnais que sa personnalité est pour beaucoup dans mon engagement personnel auprès des fans : je suis heureux de rendre heureux…et encore plus lorsqu’il s’agit d’une artiste hors norme, positive et totalement marbrée. Je n’aurais pas fait la moitié de ce que j’ai fait pour quelqu’un d’autre qu’elle. Charme ou pas charme.
Car, et c’est mon dernier point avant d’attaquer ce que j’ai à vous dire sur les concerts, il faut que je vous avoue un truc (et je lui ai avoué, aussi, samedi soir, à quelques minutes de son entrée en scène) : elle est super charmeuse. Si, si. Super charmeuse. Elle aime plaire. Le mannequin est toujours là. La chanteuse est toujours là. La femme est toujours là. L’artiste est toujours là. Elle aime ça : voir les yeux des garçons (et des filles) s’arrondir de plaisir, quand elle y parvient, sans réelle arrière-pensée derrière. Et, une de mes craintes, en réalisant ça, était de tomber dans un état d’amour béat, niais qui aurait gommé toute possibilité de recul, de critique, d’analyse ou toute vérité déplaisante à écrire ou dire. Car, oui, je tiens le blog mais, oui, quand il le faut, quand j’ai des choses à dire que je n’aime pas, je tiens à pouvoir le dire. Quel intérêt pour un artiste d’avoir pris quelqu’un pour parler de lui, au quotidien, uniquement dans le positif, dans l’éloge ? Aucun. On appellerait ça un site promotionnel. Si ce blog, ce lieu, sert évidemment à faire connaître un album et à le faire vendre, croyez-moi que je serais parti depuis bien longtemps si on ne m’avait pas laissé m’exprimer comme je l’entends. Charmé ou pas charmé. Et si je n’étais pas intiment convaincu que “Za7ie” est un p.tain de bon album (24 titres incontournables…Si elle avait sorti un double, je…bref, on ne va pas refaire l’histoire).
Cette redoutable séduction qu’elle met en œuvre associée à ce charisme (elle n’y peut rien), le succès entourant son travail et, enfin, la présence de plein de gens “intéressés” m’ont fait prendre un peu de distance affective. Le poids de son catalogue, aussi. “Je suis un homme” “Sur toi” “Ça fait mal et ça fait rien” “Rodéo” “Lola Majeure” “La dolce vita” « Le dimanche » sont inscrites au patrimoine de la Chanson Française et m’impressionnent. Me chavirent.
C’est une des raisons pour laquelle je la vouvoie toujours. La raison principale, même.
Je tâche de rester distant, aussi, parce que j’aime la magie : il est plus compliqué de rentrer dans un show quand on connait le magicien, quand on a vu les coulisses, quand on sait à quel moment la colombe va apparaître sur scène (Aaron ou Axel Bauer ou May Day ou Papillon Paravel ou Mademoiselle K, en l’occurence).
C’est pour toutes ses raisons et surtout pour une seule que je voulais voir autant de spectacles.
Je voulais comprendre.
Je voulais comprendre pourquoi ça marche, pourquoi tout cet amour, pourquoi tout ce succès, aussi (moi qui ne dépasse pas un certain nombre d’exemplaires vendus, il y a probablement des leçons à retirer de tout ça, je me disais) (je vous rassure, non, il n’y en a pas, sinon tout le monde écrirait des tubes ou des best-sellers).
Je voulais également comprendre l’intérêt de “faire de la scène”, ne me regardez pas comme ça, je pose une vraie question : qui a envie de dormir dans des hôtels différents pendant un an ? De ne pas être chez soi ? De partager son intimité avec une équipe, toujours les mêmes têtes, jour après jour ? De se coucher à pas d’heure ? De ne jamais savoir sur quoi on va tomber le lendemain, techniquement, humainement, vocalement…Il y a des raisons au silence de Kate Bush, croyez-moi. Elle aime tellement son studio qu’elle n’en sort plus. Il y a des raisons aux trente ans sans scène de Polnareff…
Je voulais comprendre, enfin, ce qu’est un spectacle, soir après soir. Est-il figé ? Evolue-t’il ? Qu’est-ce qui change, qu’est-ce qui reste sur le carreau, qu’est-ce qui (sur)vit ?
Pour mon compte-rendu, il vous faudra attendre un peu…car nous sommes arrivés à la fin de la première partie.




